Ce serait un euphémisme de dire que l’hiver canadien est particulièrement froid. À Ottawa, le mercure chute régulièrement sous la barre des -20 degrés Celsius durant les mois de janvier jusqu’en mars. Un autre euphémisme serait d’affirmer qu’Internet regorge d’articles et de « guides de survie » pour arriver au printemps sans encombre.

Venant d’un petit pays au cœur de l’Afrique, l’hiver n’a toujours été pour moi qu’un concept abstrait. Je pouvais voir la neige à travers mon écran, entendre les histoires des chanceux ayant vécu ce fameux grand froid, mais les sensations elles-mêmes m’étaient absolument inconnues. Donc, avant mon départ en début janvier j’ai lu avidement tous les guides que la recherche Google m’offraient. Je me suis préparé du mieux que je pouvais. Au bout de quelques heures, je savais comment réagir à une engelure et quelles type de bottes qu’il fallait choisir.

Cependant j’aurai aimé que l’un de ces guides me prépare au choc psychologique que l’hiver peut représenter. Il faisait -28 degrés Celsius le jour de mon arrivée, soit une amplitude thermale de plus de 50 degrés avec mon lieu de départ. La piqûre du froid me laissa en premier lieu hagard. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi le soleil brillant dans le ciel ne me réchauffait pas la peau. En effet,  il se montrait récalcitrant à sortir tous les matins,et pressé de se coucher en plein milieu de l’après-midi, j’eus la même réaction et je me refermais sur moi-même comme une huitre. J’aurais aimé savoir à quel point il me serait difficile de me lever tous les matins pour aller affronter les éléments, et à quel point il était facile de préférer l’isolement de ma chambre aux rencontres qui m’attendaient dehors. J’aurai aimé lire que quelques bourrasques de vent glacial à la sortie de mon appartement n’étaient qu’un petit prix à payer pour rejoindre mes nouveaux amis à la patinoire, même sans avoir jamais chaussé de patins à glace de ma vie. Plus souvent, j’aurai aimé m’arrêter et admirer le paysage plutôt que de filer à ma destination. Cela m’aurait probablement évité les nombreux moments de solitude, les crises de panique, la réclusion et la sensation de ne pas être à ma place, qui a mis beaucoup trop longtemps à disparaitre.

Au lieu d’écrire un énième guide sur comment survivre à hiver, je n’ai qu’un conseil à donner aux nouveaux arrivants, cette fois-ci pour vivre l’hiver : Brisez la glace ! Plutôt que de revoir pour la 17ème fois l’intégrale de Friends, allez donc profiter d’une boisson chaude au Tim Hortons avec un livre. Demandez à cette jolie fille assise en face son nom. Tentez le patinage en évitant de vous briser le cou. Les bonhommes de neige ne sont pas réservés aux enfants, faites le meilleur que vous pourriez. Sortez, bravez le froid, encore et toujours, pour sentir le réconfort de se mettre au chaud. J’attends mon prochain hiver canadien avec impatience, malgré ses défauts et obstacles. Même si il faut parfois une période d’adaptation pour en saisir la magie complexe, cette saison n’en reste pas moins enivrante et belle à couper le souffle.