Pour ceux et celles qui ont fait leur secondaire dans une école de langue française en Ontario, c’est impossible de ne pas avoir entendu parler du groupe Swing. Les chansons folkloriques-hip-hop ont fait la tournée de la province et du pays. Si tu ne danse pas au tac-tic-à-tac rythmique de leurs chansons accrocheuses alors tu ne sais pas comment swinger au Canada français. C’est dans ce cadre que j’ai eu le plaisir de passer en entrevue Michel Bénac, chanteur et guitariste, du groupe Swing.

Claire: Pour commencer, comment est-ce que ta carrière musicale a-t-elle commencée ?  Est-ce que t’a grandi dans un environnement musical, ou est-ce que tes parents-t-on encourager à prendre des leçons de musique?

Michel: Mon histoire est différente. Mes parents ont toujours été là pour m’appuyer et pour m’encourager, mais mes parents n’ont jamais pris le devant.  Mes parents ne m’ont jamais inscrit dans un cours de guitare, piano, etc. J’ai pris des leçons de musiques au secondaire. Après ça j’ai appris beaucoup de façon autonome. Par la suite, j’ai eu quelques cours en étant adulte, mais en majorité je me suis enseigné la guitare. Bien sûr, mes parents m’ont encouragé à poursuivre la musique, mais plutôt en disant « va sur la scène, vas-y, vas-y » ! En fait, je pense que c’est à cause du fait que je n’étais pas obligé de pratiquer un instrument que je ne me suis pas écœuré à jouer la musique en étant jeune.

Michel Bénac, the group Swing
Michel Bénac, the group Swing

Claire: J’ai lu votre site web et on nomme votre style de musique “folktronica”, c’est-à-dire le folk électronique. Comment aviez-vous découvert ce son-là?

Michel: C’était dans le temps que je chantais en anglais. J’avais commencé ma carrière en anglais, et au tout début ça n’allait pas. À un moment donné, j’ai pris du recul et j’avais pensé à ce que je  voulais faire de ma vie. Pendant ce temps-là, les critiques que j’entendais des maisons de disques étaient que ma musique était fake. Je chantais de la musique urbaine, hip-hop, américaine, mais je n’étais pas le stéréotype “noir américain” venant du Bronx. Ma réaction immédiate était de leur dire « Non, je ne suis pas fake. Je suis moi. Je suis un francophone de l’Ontario ». C’est à ce moment que j’ai réalisé, « ouais, ça ne fait pas rapport avec la musique que je veux produire ».  Cependant, dans le fond, j’aime ça la musique folklorique, et j’aime la musique qui bouge. Donc, pourquoi ne pas mélanger mes deux cultures : ma culture américaine et ma culture francophone. Au lieu d’ignorer ma culture francophone, je voulais la moderniser avec la culture que je vivais. Aujourd’hui, je peux faire de la musique qui m’appartient, qui est vraiment le fun, et puis ça me permet de gagner ma vie et je tripe au bout.

Claire: Comme groupe, quelles sont vos inspirations musicales? Quelles sont vos influences musicales ? Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire l’album éponyme Swing en 2015?

Michel: Pour moi, il y a une chanson sur le dernier album de 2007, facilement distrait,  qui décrit vraiment ma vie. Je suis comme « I Love This Now ». Donc, j’avoue que pendant les sept années, j’ai varié dans les styles musicaux que j’écoutais alors je me suis inspiré de ce que j’aimais vraiment pour écrire l’album. Je pense que le nouvel album est plus folk et moins traditionnel.

Michel Bénac, the group Swing
Michel Bénac, the group Swing

Claire: Swing est ensemble depuis longtemps et cela fait un bout de temps que vous chantez les Canadians français. Est-ce que vous voyez une évolution dans votre musique?

Michel: Chaque album est différent. Du premier album, au deuxième, au troisième et au quatrième, je  vois l’évolution qui nous a amenés à notre son d’aujourd’hui. On a beaucoup moins de real jigues et de chansons à répondre. On n’en fait plus parce qu’on garde les vieilles chansons qu’on aime pour les spectacles. Donc, pour nous, les chansons existent toujours. Par contre, à un moment donné, on voulait essayer d’autres sons. Créer un album c’est court terme, mais à long terme on passe le reste de notre vie en spectacle. Donc, ça fait que notre spectacle varie beaucoup au lieu que ça soit tout un genre de musique. Ça nous permet d’avoir un spectacle qui, je pense, est plus intéressant

Claire: C’est vrai que vos chansons ne sont pas du tout les mêmes les unes des autres.

Michel: Non, il y a beaucoup d’influence de ce qu’on écoutait à cette période-là qui ressort dans nos chansons. Moi, je consomme des singles maintenant. Je n’achète plus d’albums. Alors, j’aime ça que mon album sonne comme des singles qui ne sont pas comme la même chanson typique de l’artiste. Quand que tu écoutes l’album, je veux que tu dises « woah, je ne m’attendais pas à ça ». C’est toujours une surprise. Des fois, je repige dans mes vielles influences comme le Run DMC, les Beastie Boys, Prince, Micheal Jackson…. C’était beaucoup de la musique américaine parce que c’était ça que j’écoutais quand j’étais jeune. Donc, quand j’écris une chanson, le moment que j’écris la toune,  je me dis « est-ce que je tripe dessus, ok cool, je peux me laisser un peu influencer par ça ».

Michel Bénac, the group Swing
Michel Bénac, the group Swing

Claire: Je veux te raconter une anecdote avant qu’on mette la boucle à notre entrevue. Au secondaire, l’animatrice culturelle de l’école passait dans les salles de classe et nous a forcés à apprendre les paroles de la chanson « La Goutte », sinon on ne pouvait aller à la récréation. Cela  fait une décennie, au moins, que je vous ai vue en une tournée à mon école. J’ai une photo en souvenir de cette journée-là. Est-ce que ça vous frappe du tout que votre groupe musical fasse partie de la culture franco-ontarienne?

Michel: Ce n’est pas quelque chose que j’avais imaginé, de devenir un peu une inspiration pour les gens, de l’Ontario ou d’ailleurs, qui se battent pour avoir leur langue. Tu comprends que j’ai été assimilé et que j’étais anglophone alors lorsque j’ai décidé de faire Swing ça ne marchait pas en anglais. Je me suis dit « peut-être je peux essayer ça en français ». Quand j’étais jeune, j’avais honte d’être francophone, mais je me suis dit j’aurais jamais une “vraie” carrière en français. Donc, créer Swing en français, c’était juste pour le tripe de faire cette musique-là, pas pour en faire une carrière, de m’approprier un nouveau style. Par contre, quand j’ai vu la réaction des gens, j’ai vu la différence! Je n’étais vraiment pas prêt pour que les gens me disent « merci! » d’être un fier franco-ontarien. En majorité, les Québécois ne savent pas qu’on existe, ensuite t’as les Anglais de l’Ontario qui pense qu’on est des Québécois. La chanson One Day explique ma redécouverte de ma culture Franco-Ontariens. Je suis encore inconfortable du titre d’ambassadeur de la francophonie ontarienne, mais à chaque fois que les gens me partagent des histoires comme la tienne, ça me fait vraiment du bien. Je suis très content et très fier d’être Franco-Ontarien.

Lien au site web : Le groupe Swing

Vidéo officielle:

Images par Philippe Auclair