Depuis la découverte de la fission nucléaire, l’homme n’a jamais été très clément avec l’Océan Pacifique. S’étendant sur environ un tiers de la surface terrestre et seulement parsemé de petits îlots pour la plupart. Il fut considéré par de grandes puissances nucléaires comme l’endroit idoine pour effectuer des essais nucléaires, il y a un demi-siècle. En effet, les Etats-Unis et la France y ont fait détoner pas moins de 300 bombes atomiques entre 1945 et 1992, forçant au passage le déplacement de plusieurs populations autochtones. Certains atolls autrefois habités des Iles Marshall sont aujourd’hui encore trop radioactifs pour un retour des indigènes de la région. L’accident nucléaire le plus marquant depuis Tchernobyl s’y est également produit en 2011.

Le 11 mars, un séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Richter au large du Japon provoque un énorme tsunami qui frappe de plein fouet le nord-est du pays, ce double cataclysme causant la mort de 18 500 personnes. La centrale nucléaire de Fukushima, située sur la côte, est sévèrement touchée. Le système de refroidissement cesse de fonctionner, avec comme conséquence la surchauffe et la fusion totale d’au moins deux cœurs de réacteurs nucléaires et la dispersion de déchets extrêmement radioactifs dans les environs et dans l’océan. 6 ans plus tard, la question des déchets de Fukushima est toujours un épineux dossier.

Les réacteurs fondus et éventrés de la centrale de Fukushima doivent encore aujourd’hui être refroidis. C’est pourquoi 325 mètres cubes d’eau sont toujours déversés quotidiennement à l’intérieur. Seulement, les dégâts de la fusion ont transformé lesdits réacteurs en véritables tonneaux percés. Ces eaux contaminées s’infiltrent dans le sous-sol avant de s’écouler à la mer. Cet écoulement a atteint jusqu’à 300 mètres cubes par jour pendant des années, avant d’être endigué par mur de 35 mètres de haut et des puits de pompage. Cependant, environ 10 mètres cubes d’eau chargés d’élément radioactifs s’écoulent encore par jour… Pour le reste, des milliers de réservoirs temporaires continuent de se remplir d’eau et de déchets, sans que leur élimination définitive ne soit réglée. La fusion incontrôlable des cœurs des réacteurs a également provoqué la fonte de leur contenant en acier. Ces derniers se trouvent actuellement quelque part dans le socle de béton ou le sous-sol de la centrale. La radioactivité est telle que personne ne peut s’en approcher pour identifier précisément l’emplacement de tous les déchets. Naohiro Masuda, le chargé du démantèlement de la centrale, a confirmé en mai dernier que 600 tonnes de combustible radioactif n’avaient pas encore été localisées. Et une fois localisé, leur récupération constitue également un véritable casse-tête, puisqu’elle ne peut être effectuée que par des grues télécommandées. Cette opération n’est pas prévue avant l’horizon 2020.

Concrètement, comment cette catastrophe affecte-t-elle le Pacifique ? De nombreuses information erronées circulent sur Internet et provoquent la paranoïa, comme cette carte de diffusion des éléments radioactifs dans l’océan, qui n’est en réalité qu’une représentation  de la hauteur des vagues provoquée par le tsunami…

Carte du National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) détournée de son propos en ligne

En réalité, le phénomène de dilution dans la plus grande étendue d’eau au monde est tel que les niveaux de radioactivité reviennent progressivement à la normale. En 2015, seul 1% des poissons pêchés au large de Fukushima montraient des niveaux jugés dangereux de radioactivité, contre 50% en 2011. Si les environs du site seront encore probablement extrêmement radioactifs pour de longues années, tremper les pieds dans l’eau sur la côte ouest américaine ne vous tuera pas d’un cancer foudroyant, et les images de monstres marin issus des radiations dès les mois suivants sont vraisemblablement des canulars. Cependant, bien que TEPCO, la compagnie en charge de l’exploitation du site, puis de son démantèlement, se targue d’avoir réussi à éviter toute victime collatérale, il est peut-être un peu tôt pour un bilan si optimiste.

En effet, le Césium, élément radioactif principal de l’accident de Fukushima, s’accumule facilement dans l’organisme et infiltre toute la chaine alimentaire. Cette capacité d’accumulation fait que même à faible doses, il n’est pas sans danger, ces doses pouvant se stocker progressivement. Un poisson peu radioactif peut le devenir plus en mangeant des poissons fortement irradiés. Aujourd’hui encore, on suspecte  l’iode radioactif dispersé depuis Tchernobyl d’être la cause d’un taux élevé cancer de la thyroïde dans certaines zones de l’Europe de l’ouest, 3 décennies plus tard.

Il est parfois extrêmement difficile d’établir une corrélation directe entre la maladie et les radiations, d’abord car on peut être atteint du cancer avec ou sans radioactivité, mais également car tout objet émet un rayonnement radioactif. L’unité d’absorption de ce rayonnement par le corps est le sievert. Un humain normal absorbe environ 10 micro-sievert tous les jours. La dose maximale autorisée pour les employés d’une centrale nucléaire et de 50 milli-sievert, tandis que la corrélation directe avec le cancer est prouvée pour une dose annuelle de 100 milli-sievert, donc dix-mille fois plus grande qu’une dose quotidienne moyenne. Cependant aucun seuil ne peut garantir  de rester en bonne santé. La désintégration d’une molécule radioactive envoie des rayons dans les environs capables  d’endommager l’ADN des cellules, et provoquer de facto un cancer ou des malformations héréditaires. Des millions de cellules peuvent être irradiées sans dégénérer, mais il en suffit de quelques-unes qui mutent pour provoquer un cancer, d’où le caractère parfois aléatoire de la maladie. Plutôt que de seuil de sécurité, il est plus approprié de parler de probabilités d’attraper un cancer. Sous ce prisme-là, il est plus facile de comprendre que n’importe quelle augmentation, aussi minime soit-elle, de la radioactivité, augmente les risques pour la santé.

Les enfants vivant aux alentours de Fukushima font aujourd’hui l’objet d’un suivi régulier pour détecter le cancer de la thyroïde, organe le plus sensible aux radiations. Aucun registre pré-Fukushima n’étant disponible, on ne pourra donc que constater l’évolution à partir de 2011, sans pouvoir faire de comparaison. L’impact sur la faune et la flore marine de l’océan Pacifique est encore assez peu documenté pour l’instant, ces études s’effectuant sur de longues durées. Cependant, Fukushima est la plus grande contamination radioactive des océans de l’histoire. Le césium étant radioactif pendant 30 ans, et avec un démantèlement pour le moins délicat, il ne serait guère surprenant de voir les déchets de Fukushima faire des dégâts au cours des prochaines années et décennies.

Sources :

http://www.lemonde.fr/energies/article/2016/03/10/fukushima-le-chantier-de-demantelement-de-la-centrale-prend-du-retard_4880203_1653054.html

  • Décès, cancers, déchets radioactifs… Fukushima en 2016 (infographie)

https://www.rtbf.be/info/monde/asie/detail_deces-cancers-dechets-radioactifs-fukushima-en-2016-infographie?id=9237807

  • Après Fukushima, la radioactivité dans le Pacifique presque revenue à la normale

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/07/04/apres-fukushima-la-radioactivite-dans-le-pacifique-presque-revenue-a-la-normale_4963137_3244.html

  • Fukushima trois ans plus tard: paranoïa radioactive

http://www.lapresse.ca/environnement/pollution/201403/02/01-4743887-fukushima-trois-ans-plus-tard-paranoia-radioactive.php

  • Chernobyl radiation could be linked to rising number of thyroid cancers in Belgian children

https://www.sciencedaily.com/releases/2016/06/160607080653.htm

  • Radioactivité : aliments contaminés et risques pour la santé

http://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-radioactivite-aliments-contamines-risques-sante-28969/

 

  • Radiation dose chart

http://xkcd.com/radiation/

  • The Legacy of U.S. Nuclear Testing in the Marshall Islands

http://www.huffingtonpost.com/robert-alvarez/the-legacy-of-us-nuclear_b_586524.html

  • Japan Earthquake & Tsunami of 2011: Facts and Information

http://www.livescience.com/39110-japan-2011-earthquake-tsunami-facts.html

  • Seaborne Fukushima Radiation Plume Hit West Coast, Corporate Media Reported It Dangerously

http://www.truth-out.org/news/item/38913-seaborne-fukushima-radiation-plume-hit-west-coast-corporate-media-reported-it-dangerously

  • Fukushima nuclear disaster will impact forests, rivers and estuaries for hundreds of years, warns Greenpeace report

http://www.greenpeace.org/international/en/press/releases/2016/Fukushima-nuclear-disaster-will-impact-forests-rivers-and-estuaries-for-hundreds-of-years-warns-Greenpeace-report-/

  • Fukushima : la plus grosse pollution maritime radioactive de tous les temps

http://www.sortirdunucleaire.org/Fukushima-la-plus-grosse-pollution