Le sucre est généralement retrouvé dans les boissons gazeuses et dans les sucreries. On y retrouve en grande quantité. Cependant, aujourd’hui, si vous faites vos courses au supermarché, il y a de grandes chances que vous ayez autre chose dans votre frigo et sur vos étagères. Qui est-il ? Le sirop de maïs riche en fructose (SMRF ou encore high fructose corn syrup en anglais), qui peut se retrouver dans le pain, les fruits et les légumes en conserve, les boites de céréales ou encore le ketchupet une multitude d’autres produits alimentaires, particulièrement en Amérique du Nord. En effet, ce type de sucre représente 50% du marché aux Etats-Unis, contre 20% au Japon ou encore 5% en Europe. Pourquoi utilise-t-on ce sucre ? Tout d’abord, il est sous forme liquide sous des conditions normales ce qui le rend facile à transporter et à incorporer dans les produits. Ensuite, le maïs est la plante la plus cultivée du monde et se trouve donc en abondance. Enfin, le gouvernement américain, premier producteur mondial, injecte des centaines de milliards de dollars dans cette agriculture annuellement sous forme de subventions. Ces aides maintiennent le prix du maïs artificiellement bas, tandis que les taxes sur les sucres issus d’autres cultures sont volontairement maintenues élevées. De ce fait, le sirop de maïs est donc disponible à un prix imbattable pour les industries Etats-Uniens, qui l’utilisent en masse et qui exportent leurs produits à travers le monde.

Par contre, depuis quelques années, les études s’accumulent pour dénoncer le SMRF, également appelé isoglucose ou encore glucose-fructose dans diverses régions du monde. Différents groupes de chercheurs à travers le monde ont établi une corrélation entre la consommation d’isoglucose et plusieurs troubles majeurs de la santé. Ils affirment que le sirop de maïs est responsable, entre autres, de l’augmentation du diabète de type 2, des troubles cardio-vasculaires et d’obésité. Selon les résultats du professeur Francesco Leri de l’Université Guelph présentés en 2013, ce sirop aurait des propriétés addictives similaires à la cocaïne. De plus, un tiers du maïs produit dans le monde est génétiquement modifié. La proportion grimpant à 90% pour nos voisins du sud alors que les doutes sur la nocivité des cultures transgéniques ne sont eux-mêmes toujours pas levés.

En face, une série de contre-études viennent  remettre en cause ces allégations. Selon ces dernières, si il y a en effet une corrélation entre la consommation d’isoglucose et ces maladies, celle-ci est la même que celle avec les autres sucres. En effet, en regardant au niveau moléculaire, une molécule de sirop de maïs riche en fructose à la même composition que le sucre de canne ou de betterave : le saccharose. Les deux se séparent dans l’organisme en plus petits sucres, le glucose et fructose, et donc devrait être ingérés de la même façon. Les chercheurs s’étant positionnés contre le SMRF sont souvent accusés d’avoir utilisés au niveau expérimental des doses de fructose et des conditions ne correspondant pas à la réalité. Si ces arguments sont parfaitement recevables, il faut toutefois préciser également que le sirop de mais n’existe pas à l’état naturel, est obtenu à partir de procédés chimiques, et est donc sujet aux contaminations. En 2009, le Dr Wallinga du « Institute for Agriculture and Trade Policy » américain dévoilait avoir retrouvé du mercure dans presque 50% des produits contenant du SMRF analysés. De plus, la plupart de ces contre-études sont financées par la très puissante Association des raffineurs de maïs (Corn Refiners Association), lobbyiste affirmé dans l’univers politique américain. Cette association a tout intérêt à garder le SMRF sur les étalages, et mène depuis des années une campagne particulièrement agressive pour redorer le blason du sucre controversé. Fait surprenant, en 2011, la Corn Refiners Association a demandé l’autorisation à l’Aministration américaine des aliments et médicaments (Foods and Drugs Administration) de pouvoir indiquer « corn sugar », sucre de maïs,  au lieu de « high fructose corn syrup » sur les étiquettes alimentaires. Le but de la demande, finalement rejeté, était selon eux d’éviter toute confusion pour le consommateur avec une appellation plus familière. Difficile pourtant de ne pas y voir une tentative de se débarrasser d’un nom à l’image trop écornée…

Si certains industriels préfèrent aujourd’hui se passer du SMRF pour diverses raisons, et notamment la pression des consommateurs, ce dernier semble encore avoir de beaux jours devant lui. Sa pénétration du marché européen est pour l’instant assez faible, à cause de quotas limitant sa production à 5% du sucre total dans l’Union Européenne. Cependant, l’abolition de ces quotas est prévue pour 2017, et cette proportion pourrait passer à plus de 30%. De plus, la volonté affichée par l’Europe, les Etats-Unis et le Canada est d’augmenter le volume d’échanges commerciaux transatlantiques au cours des prochaines années, avec des traités comme l’Accord économique et commercial global (AECG), et le traité de libre-échange transatlantique (TAFTA en anglais). En attendant la fin du manège d’études contradictoires, on a vraiment besoin d’un véritable consensus sur le sirop de maïs riche en fructose. Le consommateur, comme pour l’industrie du tabac il y a quelques décennies, semble voué à jouer le rôle de cobaye encore une fois…

Références:

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