L’Internet est aujourd’hui une plate-forme essentielle pour s’informer. Une immense bibliothèque dans laquelle s’accumulent des publications du monde entier, avec pour seule condition que l’auteur veuille les partager. Ce manque de discrimination du contenu, bien que favorisant le flux de l’information, pose aussi de sérieux problèmes, et notamment la propagation de fausses nouvelles. Le phénomène n’a rien de récent, mais prend rapidement de l’ampleur depuis quelques années. Les élections présidentielles américaines et le Brexit ont mis en lumière la dangerosité de cette désinformation, pouvant devenir un outil de propagande terriblement efficace.

Le pape François soutient publiquement Donald Trump lors des élections. Lady Gaga est décédée. Un astéroïde va provoquer l’apocalypse le 16 février 2017. Quel est le point commun entre ces trois nouvelles ? Elles ont été montées de toutes pièces avant de se propager rapidement sur Internet. Pour les auteurs, la vérité importe peu. Ils font attention seulement aux nombres de vues. Les effets pervers d’un modèle économique se développant rapidement : la monétisation au nombre de visites. Les publicistes cherchant une exposition maximale se tournent vers les pages générant le plus de trafic. Les nouvelles sensationnalistes étant les plus populaires, certains auteurs n’hésitent pas à inventer le contenu…

Si certains articles portent à sourire, on se rend vite compte que ces fausses informations concernent parfois des sujets extrêmement importants, comme une élection présidentielle. Selon un sondage du Public Policy Polling, sur 1224 votants lors du second tour entre Donald Trump et Hilary Clinton, 9% des votants se disaient convaincus que la candidate démocrate était impliquée dans un scandale d’esclavage sexuel, le « Pizzagate ». 19% des sondés disaient ne pas être sûr de son implication. Le scandale en question provient de l’imagination de membres du forum 4chan, et s’est propagé via des sites d’extrême droite avant d’être repris partout sur les réseaux sociaux. Pourtant, plus d’un quart des sondés ont été confus, sinon convaincus par la nouvelle. Les mouvements politiques extrémistes ont bien saisi l’influence des fausses informations sur le public, s’en servant pour alimenter les théories conspirationnistes et propager la paranoïa. Après avoir perturbé l’élection américaine, la désinformation par le biais de  fausses nouvelles  pourrait également sévir dans d’autres démocraties à l’approche des élections.

Il n’est pas très difficile de démonter une fausse nouvelle en quelques minutes de recherche. Encore faut-il s’en rendre compte. Ce qui la rend efficace, c’est de toucher un public qui ne veut pas forcément s’assurer de sa véracité. Les titres accrocheurs et la narration vague sont fait pour provoquer une réponse émotionnelle plutôt que rationnelle. En effet, tout le monde est plus enclin à croire en une vérité qui alimente ses convictions. C’est pourquoi les fausses nouvelles anti-Trump ont eu tellement de succès chez les plus fervents supporteurs de Clinton, et inversement. De plus, ces mensonges se fondent souvent dans l’article aux côtés d’éléments véridiques pour augmenter la confusion. Et même quand le lecteur arrive à infirmer la nouvelle, le doute s’installe, car il n’y a pas de fumée sans feu n’est-ce pas ? C’est ainsi que s’installent la paranoïa et les théories du complot, qui à leur tour provoquent la méfiance du public face à tout média. Et si tout est faux, à quoi s’accroche-t-on ? A ses convictions, encore et toujours confortées par les sites propageant des mensonges, qui peuvent finir par apparaître plus légitimes que la véritéPersonne ne semble vouloir prendre ses responsabilités face à la désinformation. Les sites émetteurs et relayeurs peuvent invoquer la liberté d’expression et tout simplement dire qu’ils n’avaient pas pour seul objectif d’informer. Par exemple, Breitbart News, l’un des plus gros sites de désinformation d’extrême droite aux Etats-Unis, se définit comme un site d’information et d’opinion. Facebook, Google et Twitter sont également sous le feu des critiques pour leur laxisme face à ce problème grandissant. Les algorithmes de suggestion d’article de Facebook auraient favorisé la propagation de fausses nouvelles. Le PDG de l’entreprise, Marc Zuckerberg, a annoncé en novembre dernier que des pénalités seraient prises contre les sites de désinformation pour empêcher la prolifération de leurs articles, tout en excluant la censure du contenu. Les internautes, quant à eux, estiment souvent que la responsabilité de vérifier les faits n’est pas la leur et adoptent une attitude passive. L’Internet, bien qu’étant un formidable outil d’accès à l’information, demande aujourd’hui plus que jamais de faire preuve d’esprit critique en permanence.

 

Références

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Radio Télévision Suisse. (2017, 01 14). “Fake news”: peut-on lutter contre la désinformation sur internet? Récupéré sur RTS info: https://www.rts.ch/info/monde/8293486–fake-news-peut-on-lutter-contre-la-desinformation-sur-internet-.html

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