« La royauté est anéantie, le clergé et la noblesse ont disparu, le règne de l’égalité commence. » 

Ces mots de Maximilien de Robespierre résonnaient au lendemain de la Révolution française, celle-ci sera la fondatrice d’un nouveau monde. C’était la transformation d’un espoir populaire en une réalité. La totalité des richesses et la totalité du pouvoir ne devait plus appartenir qu’à une poignée de personnalités nées sous une bonne étoile, dans la bonne famille et dans la bonne maison. Dorénavant, l’égalité devant la loi, devant l’emploi, devant l’imposition et l’égalité entre les hommes devient maitre mot.

En 2016, plus de deux cents ans plus tard, que reste-t-il de cette formidable révolution sociétale ?

Voici un fait : le patrimoine cumulé des 1% les plus riches dépasse désormais celui des 99% restants. C’est un chiffre auquel nous sommes déjà familiers. En effet, c’est choquant, mais cela n’alarme pas plus les gens. Par exemple, dans ce 1% vous trouverez des gens qui réussissent remarquablement leurs carrières professionnelles tels que des médecins, des avocats, des ingénieurs, des vice-présidents de compagnies ou des personnalités médiatiques. Ils travaillent  pour ce qu’ils ont et jouissent d’un train de vie très aisé. Par contre, ce ne sont pas eux qui feront l’objet de cet article. Plus haut encore se trouve une nouvelle classe sociale, plus intéressante.

L’élite des élites

Depuis cette année, 62 individus possèdent plus de richesses que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres du monde. C’est effrayant! Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Pour preuve que cela ne va pas en s’arrangeant, il y a cinq ans encore, ces individus étaient au nombre de 388 selon l’ONG Oxfam. Je parle ici des riches parmi les riches. Le club fermé des ultra-riches, ceux qui trônent au sommet de la pyramide. Ils représentent 0.1% de la population. Leur portrait se compose de PDG de grandes multinationales et leurs actionnaires. En effet, l’économie capitaliste et libérale leur a permis de consolider leurs avoirs et creuser un gap abyssal entre eux et la population. Comment en sommes-nous arrivés à de tels extrêmes ?

Inégalités à Sao Paulo, Brésil

La révolution française, ayant laissé un trou béant à la place de l’aristocratie, a engendré l’ascension de la bourgeoisie. N’ayant plus la contrainte des nobles, cette petite classe issue de la population la moins désœuvrée s’enrichit sans mesure. La révolution industrielle qui a suivi a également propulsé ces bourgeois à une hauteur à laquelle ils ne pouvaient que rêver quelques décennies plus tôt. Ils accroissent alors leur pouvoir sur le monde et imposent leur image. Les règles du jeu ont changés. Le pouvoir n’est plus une affaire de sang, mais une affaire de billets verts. Les nombreuses crises économiques de la fin du 19ième siècle créent une concentration des capitaux entre les mains de cette nouvelle élite. Le peuple est soumis à la règle du marché. Les avancées technologiques provoquent l’exode rural, les salaires sont minables et le chômage est massif. C’est le point de départ d’un nouvel élan contestataire en Europe qui s’achèvera par la chute du mur de Berlin. Les bourgeois de l’après-guerre froide deviennent ainsi ultra-puissants et dominent le monde grâce à des institutions telles que le FMI[1], la Banque Mondiale, l’OMC[2]. Le néolibéralisme devient alors la seule idéologie dominante du monde.

Les nouveaux nobles du monde

Une noblesse d’un nouveau genre est née. Ses constituants sont à la tête d’entreprises devenues si grosses qu’elles sont comparables à de véritables empires. Elles lutent à forces égales contre les gouvernements des états du monde. Habilement, elles font la loi par les lobbys et esquivent les impositions par l’optimisation fiscale. Pour ces nobles, tous les moyens sont bons pour protéger leurs intérêts. Tout posséder n’est pas assez, car ils en veulent toujours plus. S’il y a une raison derrière cette cupidité effrénée, c’est-à-dire amasser de l’argent pour seul but d’amasser de l’argent, elle est incompréhensible au commun des mortels. Et paradoxalement, ne les nourrissons-nous pas lorsque notre idéal de réussite est d’être assis à leur même place ?

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes », observait le politicien Karl Marx. De la Révolution de 1789 à aujourd’hui les régimes sont passés et les abus sont restés. Il n’y a que les profiteurs qui ont changés. Des États-Unis jusqu’au Nigéria, en passant par la Russie et par la Chine, les inégalités sont de plus en plus évidentes et les peuples en prennent conscience. L’histoire est-elle donc condamnée à se répéter perpétuellement ?

Manifestations contre le chômage de masse, Grèce

 

[1] Fonds monétaire International

[2] Organisation mondiale du commerce