En sautant du traversier sur le port à l’Ile de Gorée au Sénégal, c’est impossible de ne pas être bouche bée. L’île sous les yeux est d’une beauté époustouflante ! Les palmiers qui dansent dans la brise, les anciennes maisons peinturées multicolores et les pirogues accotées sur les plages. C’est un paradis sur terre. Or, le site d’héritage UNESCO n’a pas de renommée internationale à cause de ses plages sans pareil. En effet, l’ile de Gorée fut un lieu d’entreposage d’esclaves avant qu’ils ne soient exécutés au voyage périlleux en bâteau aux Amériques.

Ma journée à l’ile de Gorée commence avec une visite de la maison d’esclaves. Ici, un guide nous explique la triste histoire des esclaves qui ont été enfermés, à point d’ébullition, dans des cellules d’un mètre et demi par un mètre et demi. La déshumanisation que ces êtres humains innocents ont subi pendant trois siècles donne la chair de poule. Les vagues frappent la côte de l’île en cadence avec le rythme de la narrative du guide. Les trous verticaux dans le ciment, à peine une fenêtre, donnent aux esclaves un maigre aperçu de l’Afrique : leur continent, leur maison, leurs vies heureuses avant l’injustice de l’esclavage envahissent leur corps.

Gorée #1 (option 1)

À droite en quittant la maison des esclaves, le chemin sablé vers la colline de l’ile propose, à la fois une marche, et à la fois une exposition d’art. Les boutiques artisanales ouvrent leurs portes aux touristes. Les jolies robes de tissues africains, aux masques traditionnels faites de bois et les nappes de tables faites à la main attirent l’œil.  En continuant la marche, des peintures exposent  des scènes typiquement sénégalaises telles que de voyager en autobus à Dakar, des femmes en train de faire le mil et observier des sourires qui font chaud au cœur.

Au sommet de la colline, l’océan Atlantique caresse le visage. L’eau salée chatouille le nez et la brise enveloppe son spectateur. En respirant l’océan, une rare et précieuse occasion pour une étudiante du sud-ouest de l’Ontario, une petite voix dans ma tête hurle : “comment est-ce possible qu’une île si belle soit utilisée pour des crimes si diaboliques ? Le contraste extrême entre le merveilleux paysage de Gorée et son histoire tragique me hante toujours.

Gorée #3

C’est en plein milieu de mon monologue intérieur que je rencontre une école franco-arabe en excursion sur l’Ile. Munis de vestes jaunes à la place d’uniformes, les jeunes garçons et filles me saluent et serrent la main. Ils sont énormément ravis lorsque je les prends en photos.

J’ai la chance de parler avec un enseignant de l’école du nom Adama. Il me raconte l’importance du voyage à l’ile de Gorée et la valeur d’enseignée de  l’esclavage aux enfants sénégalais de ces jours. Pour reprendre fidèlement ses mots, il me dit : « l’esclavage est dans le passé. On ne peut rien changer de cela. Nous enseignons l’esclavage africain afin que ça ne se reproduise pas. On veut transformer une leçon de haine par un message de paix et d’amitié pour les prochaines générations. » La tragédie qui imprègne le sol à Gorée acquiert une nouvelle importance pour moi : elle représente désormais un nouveau début, un nouveau point de départ par lequel les Sénégalais et les Africains de l’Ouest peuvent reconstruire leur histoire, casser le stéréotype de victime et enseigner le respect de toute ethnicité. Dans le fond, l’île de Gorée n’inspire pas la colère ni la vengeance. Elle inspire un besoin international pour reconnaitre l’égalité de tous les habitants de la planète terre,de importe de leur pigmentation corporelle.

Gorée #1 (Option 2)

Ce voyage scolaire, une coïncidence incroyable avec ma visite à l’ile de Gorée, m’accorde un cadeau inoubliable. J’ai appris le symbolisme de l’île, j’ai eu la chance de vivre dans les souliers d’un sénégalais et j’ai chanté “Au Clair de la Lune” avec une douzaine d’enfants en maternelle. La marche pour retourner au traversier se fait lentement… Je n’ose dire adieu à cette île qui m’impacte profondément. Je dis mes au revoir silencieusement au monument blanc qui jaillit de la montagne, lieu où j’ai pris en photo le groupe dynamique de l’école Franco-Arabe ; au revoir à l’énorme pirogue multicolore, qui s’offrent comme terrain de jeux aux enfants sur la plage centrale ; et au revoir à la maison des esclaves, prison de pierre qui capte trois siècles de haine, mais réussit, malgré tous, à enseigner une leçon de respect d’autrui.

À la prochaine !