« Il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses ». – Milan Kundera

Mon coffret de mémoire repose tranquillement sur une tablette dans ma chambre. Une vieille carte géographique de l’Italie caresse l’extérieur du rectangle en carton. Les bretelles en cuir renferment les souvenirs magnifiques de mon adolescence. J’ouvre le coffre et je suis déplacée, comme par magie, dans le temps et l’espace. Je ferme mes yeux et j’occupe l’esprit d’une jeune aventurière éblouie par la culture, l’art et la gastronomie italienne.

Apprendre en voyage

Dès petite jeunesse, j’avais une passion pour les voyages. Je pense que ce désir prend ces racines chez mon oncle et sa copine qui allaient en voyage souvent. C’est alors, un peu par jalousie que je fixe mon ambition de voyager le tour du monde. Fascinée par leurs anecdotes internationales, je voulais être à leur place… Plus tard, je constate que je voulais me mettre dans les souliers des étrangers qu’ils ont rencontrés dans le cadre de leurs voyages. C’est ainsi que mon esprit compétitif et ma curiosité insatiables pour comprendre la vie des personnes à l’extérieur du Canada me poussent à faire un échange culturel.

En 2012, à l’aube de mes seize ans, j’ai eu le privilège d’assister à un échange culturel de trois mois, en Italie, avec le programme Canadian Education Exchange Foundation (CEEF). J’ai été jumelé avec une étudiante italienne, qui habitait à Trévise, à trente minutes de Venise par train. Mon séjour en Italie m’a toujours donné l’impression d’un rêve. Je me limite à cette simple analogie pour décrire mon expérience parce que c’est impossible de résumer trois mois à l’étranger dans une interlocution. En d’autres mots, lorsqu’on demande comment s’est déroulé le voyage de quelqu’un, on s’attend à une très courte réponse de sorte « fantastique », «incroyable » ou « sans pareil ». Pourtant, partir en voyage ouvre le cœur et l’esprit. On se pousse des ailes et on se sent libre ! Chaque instant est une aventure sans bornes, sans règles et sans directives. J’ai découvert une nouvelle culture incroyable qui éblouit mon petit cerveau nord-américain. J’ai tissé des amitiés inséparables simplement à cause de langues communes, des continents partagés, ou encore par pure générosité des étrangers. Puis, même les évènements imprévus ont mis en œuvre mes compétences de résolution de problème. Par exemple, vaincre un défi marque un moment inoubliable qui se grave dans mon mémoire et contribue à mon cheminement personnel. La somme de mon échange ne peut être captée par un seul mot.

Nouveau au jeu du voyage, je racontais un roman, mes aventures, mais je ne réalisais pas que ma famille et mes amis ne saissaient pas trop l’ampleur de mes récits.  Ce souvenir extraordinaire, qui dépassait mes attentes, devient une pierre angulaire à ma personne. Effectivement, lors de mon voyage, j’ai réalisé l’importance de la famille à cause de l’ambiance qui régnait dans ma famille d’accueil. Celle-ci n’était aussi rapprochée que la mienne.

On entend souvent le cliché qu’il faut être soi-même puisque j’ai fait des rencontres qui m’ont permis d’être tout à fait authentique. J’ai pu être moi-même avec des étrangers devenus rapidement des amis. Je n’avais pas à me changer pour plaire aux yeux des autres. Malgré le fait que mon échange culturel a changé ma vie, aucun membre de mon entourage canadien ne connaissaient la valeur de ce voyage pour mon parcours d’adolescence. Le jour que j’ai remis les pieds en Amérique du Nord et repris ma vie canadienne, mon rêve italien s’est terminé. Malheureusement, j’étais de retour à la réalité. J’ai été la seule à vivre une fantaisie, car les autres étudiants n’ont pas eu la chance de vivre les mêmes expériences que moi. Effectivement, j’étais la seule à prendre le train pour me rendre à Venise, la seule à fêter le carnaval avec mes amies internationales et la seule à s’assoir sur le mur médiéval de Trévise avec un gélato et mon journal à bord en main.

Waking up in Treviso
Depuis quelques années, je fais du bénévolat avec l’organisation CEEF, en tant que témoin étudiante aux portes ouvertes, j’ai un vrai plaisir à partager mon expérience et à répondre aux questionnements des élèves et des parents. Je suis ravi par le sourire des jeunes du secondaire; j’ai hâte et je suis impatiente pour l’aventure qui les attendent. Malgré mon horaire chargé d’étudiante universitaire, mon cœur se remplit d’un plaisir inexplicable lorsque je transmet ma passion pour le voyage aux jeunes leaders de demain.

Cela fait longtemps que je ne me permets d’ouvrir mon coffret de mémoire. Une vague de nostalgie m’enveloppe et un sourire me tire aux lèvres. Depuis la semaine dernière, une série de présage m’inspire à soulever les bretelles en cuirs et me perdre dans le souvenir de mon échange culturel, il y a quatre ans.

Cet article est dédié à tous mes amis qui ont profité de l’immersion culturelle et ont tirés des leçons outre académiques. Cet article est dédié à mon ami néerlandais, Sjoerd, et ma petite sœur espagnole, Ana, qui m’ont inspiré à reprendre ma plume et dévoiler mes sentiments. Cet article est dédié à CEEF, une organisation à but non lucratif qui travaille sans cesse à réaliser le rêve des jeunes. Cet article est dédié à mes parents, qui m’ont donné toute leur confiance et m’ont permit de prendre mon envol en Europe. Enfin, cet article s’adresse à toutes personnes qui pensent faire un voyage ou échange à l’étranger, mais ne sont pas encore convaincues. Prenez une respiration et sachez qu’on ne perd rien à glisser sa valise dans le compartiment supérieur d’un avion.